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Le manuscrit des Cent Vingt Journées de Sodome vient d'être acquis par Aristophil, société spécialisée dans l'achat et la vente de lettres et de manuscrits, qui l'a présenté aux médias ce jeudi matin. L'histoire de ce texte écrit par le Marquis de Sade dans sa cellule de la Bastille est des plus épiques.
En 1785, l'écrivain recopie les brouillons de son œuvre sur le recto et le verso de petits papiers amenés par son épouse. Il assemble et roule ensuite les feuillets dans un étui de cuir qu'il glisse dans un interstice de sa cellule. Dans la nuit du 3 au 4 juillet 1789, Sade est brusquement transféré à Vincennes ou à l'hospice de Charenton - il y a divergence historique sur ce point - sans avoir pu récupérer son ouvrage qu'il ne reverra jamais.

Le manuscrit est retrouvé après la démolition de la Bastille et passe alors par plusieurs propriétaires avant d'être acheté en 1929 par la famille de Noailles, apparentée à celle du Marquis de Sade.
Las, en 1982, un proche subtilise le précieux document et le revend à un collectionneur suisse. Une série de procès ne permet pas la restitution du manuscrit.
Après plus de trois ans de discussions, Gérard Lhéritier, président d'Aristophil, parvient à racheter Les Cent Vingt Journées de Sodome. Montant de la transaction : 7 millions d'euros.
12 mètres de long sur 11,5 cm de large
Exposé déroulé, le document, très bien conservé, est impressionnant.
L'ensemble des feuillets mesure 12 mètres de long sur 11,5 cm de large. Faute de place, l'écriture du Marquis de Sade est minuscule. Quelques ratures, des lettres déliées, des mots resserrés, de l'encre un peu délavée...
On imagine l'écrivain dans sa prison, la plume à la main.
La lecture n'est pas évidente mais l'émotion intense. ''Ça a été un choc de voir ce manuscrit qui est l'œuvre de toute une vie, raconte Thibault de Sade, descendant du Marquis. C'est un moment exceptionnel. Par sa forme, ce manuscrit est fabuleux. A travers ce texte, volontairement insupportable, l'auteur a voulu démontrer que l'homme ne naissait pas bon.''
Ainsi, on le voit, l'histoire du manuscrit des 120 journées de Sodome de Sade semble relever de la légende. C'est lors de son emprisonnement à la Bastille que Sade rédige ce texte sulfureux en collant les différentes pages du manuscrit pour constituer un rouleau, à seul fin de camoufler celui-ci dans les anfractuosités de la muraille de sa cellule.
L'avant-veille du jour de la prise de la Bastille, et parce qu'il avait participé aux premiers frissons insurrectionnels qui annonçaient le 14 juillet, il est transféré à Vincennes sans avoir pu reprendre le précieux manuscrit ainsi livré aux désordres et saccages qui suivent la prise victorieuse par la populace du sinistre bâtiment.
Un miracle a voulu qu'il échappe à l'infamie d'une disparition dont il était si fortement menacé. Il va passer de mains en mains, entre celles de spéculateurs et de bibliophiles avertis qui assurent sa survie, jusqu'à la publication du texte par les soins du spécialiste Maurice Heine et sa mise en orbite quasi légendaire par les surréaslites (ces révélateurs de tant de textes essentiels).
Il met en lumière le problème rencontré par des prisonniers auxquels il est interdit de pouvoir écrire et qui se livrent à des subterfuges incroyables pour y parvenir (en particulier pour les prisonniers politiques). Mais la force du verbe l'emporte toujours sur la malignité des bourreaux. On peut en tirer une parabole. L' histoire du manuscrit des 120 journées de Sodome en est la figure emblématique.
Le public pourra, lui, admirer le manuscrit à l'Institut des Lettres et Manuscrits de Paris à partir de septembre prochain. Les chercheurs auront auparavant accès au texte, un travail qui pourra éventuellement donner lieu à une nouvelle édition corrigée des Cent Vingt Journées de Sodome ou l'école du libertinage.
Source : AFP et MetroNews
Les personnages illustrés et le regard qu’ils ont porté sur le monde, sont encore présents à travers la trace écrite de leurs œuvres et de leurs pensées. Leurs lettres et leurs manuscrits constituent un patrimoine unique, un témoignage concret et vivant de l’Histoire de l’humanité.
Ces écrits, nés de la main d’auteurs, d’artistes, de grands politiques, ou de grands scientifiques révèlent les pensées et les sentiments d’hommes et de femmes qui ont marqué leur temps. La création de l’Institut des Lettres et Manuscrits de Paris a pour objet de rassembler et de fédérer des organismes, des institutions publiques ou privées qui exposent ces œuvres inestimables, les conservent et contribuent à leur rayonnement à travers le monde.
Installé au cœur de Paris, dans les salons de l’ancien Hôtel de la Salle, 2 rue Gallimard et 21 rue de l’Université, l’Institut offre aux lettres et manuscrits un nouveau lieu d’exposition et d’échange unique où chacun pourra ressentir l’émotion particulière d’une rencontre permanente avec les trésors du Patrimoine écrit.

Man Ray, Imaginary Portrait of D.A.F. de Sade, 1938